Il y a parfois des lieux qui ne nous quittent jamais vraiment.
Le Laos fait partie de ceux-là pour moi.
Il y a 23 ans, je posais les pieds ici pour la première fois pour ma deuxième exprience professionnelle de ma carrière d'ingénieur. C'était alors une destination laissée au fruit des hasards de l'UNivers, sans autre plan que celui de découvrir le monde et m'ouvrir l'esprit : vivre, d’observer et de ressentir. Ce pays m’a profondément marqué. Par sa douceur. Par sa simplicité. Par son rythme. Par le rapport au temps, à la nature, au sacré.
Je suis reparti… mais une part de moi est toujours restée ici.
Un lien intact avec le Laos
Au fil des années, malgré les détours de la vie, les reconversions, les tempêtes personnelles et professionnelles, mon amour pour ce pays n’a jamais disparu. Il revenait régulièrement dans mes pensées, comme un appel discret mais persistant.
Quand le yoga est devenu un pilier de ma vie, puis un chemin de transmission, l’idée a commencé à germer :
Et si un jour, j’y retournais autrement ?Et si je partageais ce pays à travers le prisme du yoga, du corps, du souffle, de l’expérience vécue ?
L’email qui a tout déclenché
Cet été, presque naturellement, j’ai écrit un email cet été...
Un message simple, sincère, sans promesse marketing ni mise en scène.
Je proposais un stage de yoga au Laos.
Un voyage lent.
Un voyage intérieur autant qu’extérieur.
Un temps pour pratiquer, respirer, marcher, observer, s’imprégner.
Sans savoir si l’idée allait résonner.
Sans savoir si quelqu’un me suivrait dans cette aventure.
La confiance de 7 K Yoginis
Puis il y a eu les échanges.
Les questions.
Les réunions.
Les hésitations parfois.
Et surtout… la confiance.
7 K Yoginis ont décidé de dire oui.
Oui à ce voyage.
Oui à l’inconnu.
Oui à cette proposition un peu hors cadre.
Elles m’ont accordé quelque chose de précieux : leur confiance.
Le début de l’épopée
Aujourd’hui mardi 27 janvier, le stage commence.
Nous nous sommes retrouvés, accueillis, réunis.
L’aventure démarre pour 16 jours, ici, au Laos.
Ce blog sera le journal vivant de cette épopée.
👉 J’y partagerai, au fil des jours :
des photos
des instants de pratique
des lieux
des ambiances
parfois quelques mots
parfois simplement des images
Sans filtre inutile.
Sans mise en scène excessive.
Juste le réel, le vécu, le présent.
Jour 1 – Bor Pen Nyang
Tout commence avec une heure de retard à l’arrivée à l’aéroport.
Ici, rien de grave. Bor pen nyang.
Tout s’ajuste toujours.
À peine arrivées, à peine posées… déjà attablées. Premier repas ensemble, pour commencer tranquillement. Des plats locaux, savoureux, pas trop épicés, juste ce qu’il faut pour apprivoiser les papilles.
Rapidement repues… et soudain millionnaires.
En quelques billets, chacune se retrouve avec des liasses de kips entre les mains. L’équivalent d’une quarantaine d’euros, et pourtant cette sensation amusante d’abondance immédiate. Le Laos change les repères dès les premières heures.
Check-in, petite douche, et presque sans transition, nous voilà au cœur spirituel du pays.
Le That Luang.
Monument sacré du Laos.
Doré, immense, lumineux.
Et ce jour-là, en pleine célébration.
Une plongée directe dans l’univers bouddhiste, ses rites, ses offrandes, son atmosphère profondément paisible et vibrante à la fois.
À peine cinq heures après l’atterrissage… et déjà sur les tapis de yoga.
Sur un rooftop.
Face au ciel.
Pour savourer un premier coucher de soleil laotien.
Le corps encore un peu en décalage.
L’esprit déjà présent. La relaxation aide à passer le cap.
La journée se poursuit par un dîner de fête, plus généreux, plus relevé. Cette fois, le Laos nous accueille pleinement, avec toutes ses saveurs, un peu plus épicées, comme pour dire : « vous y êtes ».
Puis vient la marche digestive.
Lente. Simple.
À la rencontre du peuple du bor pen nyang, qui sait prendre le temps de vivre paisiblement, même au cœur d’une capitale asiatique.
Pari tenu.
Maintenir tout le monde éveillé pour cette première journée afin d’offrir au corps une vraie nuit de sommeil et éviter les affres du décalage horaire.
Mission accomplie.
Le voyage peut réellement commencer.
Jour 2 – De Vientiane à Luang Prabang
Dès le lever, un premier cours de yoga pour bien se mettre en jambe, au bord de la piscine. Le corps se réveille, le souffle s’installe, la journée peut commencer.
Petit déjeuner, un brin de toilette à l’hôtel, puis nous prenons rapidement la route vers la gare.
Prendre le train est anodin en France.
Ici, c’est presque une attraction.
Le Laos n’a sa première ligne de chemin de fer que depuis cinq ans. Le voyage devient déjà une expérience en soi.
Direction Luang Prabang, joyau du pays et patrimoine mondial de l’UNESCO.
À l’arrivée, il est déjà l’heure du déjeuner. Nous nous attablons dans une belle cantine laotienne, simple et authentique, où les saveurs locales s’expriment pleinement.
Nous commençons ensuite à flâner dans cette ville somptueuse, hors du temps. Première visite majeure : le temple emblématique de Luang Prabang, Vat Xieng Thong. Un lieu chargé d’histoire, de symboles, de finesse et de spiritualité.
Le temps file.
Nous poursuivons vers le musée de l’héritage Huan Chan, pour découvrir les bases de la maison laotienne traditionnelle. Une immersion précieuse dans la vie quotidienne et l’architecture du peuple lao, qui raconte bien plus qu’il n’y paraît.
Sur le chemin du retour vers le van, de manière totalement impromptue, nous vivons une première célébration avec un moine. Un moment simple, inattendu, profondément marquant.
Puis direction le lodge, en pleine nature. L’occasion de découvrir la forêt dense qui recouvre une grande partie du Laos, vivante, enveloppante, presque silencieuse.
À peine arrivées, certaines filent au sauna, pendant que d’autres prennent le temps d’atterrir. Nous partageons ensuite un dîner savoureux, simple et chaleureux.
La journée se termine par une méditation, pour intégrer, déposer, laisser infuser.
Le Laos continue doucement de faire son œuvre.
Jour 3 – Jungle, eau turquoise et Mékong
Après un cours de yoga au cœur de la jungle laotienne, tout juste réveillées, encore enveloppées de fraîcheur, nous laissons le corps s’ouvrir lentement pendant que le soleil pointe le bout de son nez.
Il s’élève doucement, réchauffe la peau, éclaire la canopée.
La journée démarre dans une énergie paisible, vivante, presque hors du temps.
Nous prenons ensuite la route vers les célèbres chutes de Tat Kuang Si.
Selon la légende, ces sources auraient été révélées par un cerf sacré, venu boire à un endroit précis de la forêt. En frappant le sol de ses sabots, l’eau aurait jailli, donnant naissance à ces cascades aux couleurs irréelles.
Qu’on y croie ou non… en arrivant sur place, on comprend pourquoi l’histoire est restée.
Balade silencieuse, découverte de la protection des ours locaux, émerveillement devant les bassins d’eau turquoise, d’un bleu presque surnaturel.
Puis un café au sommet, avec une vue époustouflante sur la jungle.
Bon… après 582 marches quand même — mais certaines élévations se méritent.
Pour se baigner, il fallait activer un bon chakra 3, celui de la décision et du passage à l’action.
Bor pen nyang, oui… mais encore faut-il arrêter de se demander si on y va ou si on n’y va pas.
Le prof a donc montré l’exemple.
Les élèves ont encore beaucoup à apprendre 😉
Déjeuner près des chutes, bercées par le bruit de l’eau, puis direction un village hmong.
Des enfants viennent quémander. Une réalité qui interroge, qui bouscule parfois, mais qui permet aussi de mieux comprendre la vie très dénuée de cette ethnie, à l’histoire complexe, profondément marquée par les conflits du XXe siècle.
Les Hmong ont été enrôlés et instrumentalisés durant la guerre d’Indochine et la guerre froide, notamment au Laos, avant d’être largement abandonnés. Une histoire lourde, dont les traces sont encore visibles aujourd’hui dans la précarité de certaines communautés.
Puis vient une expérience rare, inaccessible aux circuits touristiques classiques — j’ose le mot : une exclusivité K Yoga 😉
Une croisière sur le Mékong.
Un cours de yoga sur le bateau.
Le fleuve glisse lentement.
Le soleil descend.
La lumière change.
Le temps se suspend.
Enfin, mes 7 K Yoginis m’ont aidé à brûler un peu de karma de célibataire avec une séance shopping au night market.
Longue marche, arrêts plus ou moins décidés, hésitations joyeuses… jusqu’à ouvrir l’appétit et composer un dîner sur mesure pour chacune, au food market de Luang Prabang.
Retour enfin pour un repos bien mérité, le corps fatigué, l’esprit rempli.
Le Laos continue d’opérer, doucement.
Jour 4 – Encens, fleuve et esprits anciens
Nous avons recommencé la journée par un cours de yoga face au lever du soleil.
Trente minutes de méditation d’abord, en silence, simplement à écouter la nature se réveiller. Le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, quelques insectes encore nocturnes… puis la lumière qui monte doucement.
Le corps se réchauffe, l’esprit s’ouvre, le jour peut naître.
Après un petit déjeuner copieux, nous partons à la rencontre du cœur vibrant de Luang Prabang.
Première étape : le Wat May Souvannaphumaham, temple du XVIIIᵉ siècle. Bois patiné par le temps, finement sculpté comme un roman à ciel ouvert, nous plongeant dans la vie d’antan. Dorures assagies, odeur d’encens encore suspendue dans l’air. Un lieu simple et profond, qui respire la continuité et la dévotion tranquille.
Nous poursuivons avec la visite du musée du Palais Royal. Un palais étonnamment sobre, presque modeste, qui raconte à lui seul la simplicité dans laquelle vivait le pays. Ici, rien de tapageur. Tout est à hauteur d’homme, à l’image du Laos. Le royaume s’est arrêté ici il y a peu, en 1975.
Un café rafraîchissant le long du Mékong, puis vient l’heure d’un déjeuner léger.
J’insiste pour un petit restaurant local, afin de faire découvrir le délicieux nam van laotien. Une bonne intuition : celles qui ont osé goûter ont adoré 😉 Les saveurs sont fines, douces, équilibrées, comme souvent ici.
Nous prenons ensuite la route vers les célèbres grottes de Pak Ou, véritable mecque spirituelle pour les Laotiens.
Depuis des siècles, ces grottes ont pris une dimension sacrée. Elles abritent des milliers de statues de Bouddha, déposées au fil du temps par les fidèles.
Chaque recoin, chaque aspérité de la roche accueille un Bouddha.
Le silence y est dense, presque vibrant. L’air est frais, chargé d’humidité et de recueillement.
Sur le chemin du retour, changement d’ambiance.
Arrêt dans un village en fête, tout le monde regroupé autour du bar du coin. C’est l’occasion de découvrir le fameux whisky laotien, le Lao Lao.
Dès que la bouteille rouge est ouverte, une odeur franche mais étonnamment douce de riz fermenté se répand. Avant même la première gorgée, on sait déjà que l’on va aimer…
Surprise : les recettes se sont bien améliorées en vingt ans. Les alcools de riz, plus raisonnables, autour de 15 degrés, se laissent déguster… et même apprécier.
Il reste bien sûr les versions plus intenses, à 50 degrés, pour les cœurs bien accrochés. L’abus de Lao Lao restant dangereux pour la santé ici aussi, nous nous limitons à une lichette chacun.
Certains heureux proches pourront peut-être en profiter au retour 😉
De retour à temps, nous escaladons le mont Phousi pour admirer le coucher de soleil. Une foule de touristes agglutinés sur ce bout de sommet, tous venus chercher le cliché parfait… et il faut bien l’admettre : la vue est splendide.
La journée se termine dans un restaurant doux comme le Laos, et je surprends mes 7 K Yoginis par une atmosphère aussi somptueuse que voluptueuse, digne de nos meilleures tables, pour poursuivre la découverte de plats succulents, finement préparés, aux arômes subtils, jamais agressifs.
Coucher tôt ce soir, car lever à 4h30 pour se rendre à la cérémonie du Tak Bat.
La nuit est déjà tombée depuis quelques heures.
Les corps sont pleins de sensations.
Les esprits, eux, continuent de voyager.
Jour 5 – Aube, rituels et lâcher-prise
Réveil très tôt.
4h30, la route encore sombre, direction Luang Prabang qui s’éveille à peine. La ville est silencieuse, presque retenue. Quelques lumières, des silhouettes furtives… le jour hésite encore à naître.
Nous commençons par le marché du matin, pour acheter les offrandes nécessaires à la cérémonie du Tak Bat : du riz gluant, un peu de viande séchée. Les gestes sont simples, précis, transmis depuis toujours. L’odeur du riz chaud se mêle à celle de la terre humide et des étals fraîchement installés.
Dans la précipitation, je choisis malheureusement le mauvais endroit pour vivre la cérémonie.
Le Tak Bat, institution sacrée au Laos, y a perdu un peu de son charme, happé par un détour touristique devenu trop présent. Une leçon aussi : même ici, le sacré peut parfois être fragilisé par le regard extérieur.
Nous refaisons alors un tour dans le marché du matin, cette fois pour l’observer pleinement. Les stands sont bien installés, colorés, vivants… mais hélas envahis par les groupes de touristes, notamment chinois, qui saturent l’espace et l’énergie du lieu.
Retour au lodge pour un bon petit déjeuner salvateur.
La journée est volontairement placée sous le signe du repos, des repas et du farniente. Et très vite, je comprends que c’était la bonne décision. Une première victime ne mangera pas de la journée, le corps réclamant autre chose que de la nourriture. D’autres profitent de balades alentours, de flâneries lentes, sans but précis.
De mon côté, j’en profite pour traiter quelques dossiers en cours, le monde réel continuant, lui aussi, de suivre son rythme.
Un cours de yoga ponctue quand même la journée — stage de yoga oblige — comme un fil discret pour maintenir la présence au corps.
Puis vient l’attente d’un moment fort : la cérémonie du Baci.
Véritable institution au Laos, le Baci accompagne les événements heureux, les passages de vie, les protections après des accidents ou des bouleversements.
Ce rituel vise à rappeler les esprits, à rassembler ce qui s’est dispersé.
Notre voyage ne peut que bien se poursuivre.
Je découvre à cette occasion une version de Luang Prabang plus festive, plus joyeuse, plus vivante. On y partage du poulet, des œufs, et l’on ne déguste pas un… mais deux verres de Lao Lao. Le rire circule, les corps se détendent.
La suite mène celles et ceux qui le souhaitent vers le hammam laotien : chaleur enveloppante, transpiration libératrice, pendant que d’autres choisissent le calme et le silence.
Puis vient le dîner, simple et nourrissant.
La journée se conclut par une méditation chamanique de pleine lune, guidée par Corinne, qui nous en parlait depuis plusieurs jours.
Un stage n’est-il pas aussi l’opportunité de s’ouvrir à d’autres pratiques, d’échanger, de se laisser traverser par l’inconnu ?
La nuit s’installe.
Une bonne nuit nous préparera à une longue journée de transport dès demain.
Le voyage continue, doucement, en profondeur.
Jour 6 – Route vers le Laos simple
La journée commence, comme souvent désormais, par une méditation face à la nature qui se réveille.
Le jour s’installe doucement. Les sons précèdent la lumière. Tout est encore calme, posé, vivant.
Nous enchaînons avec un kriya sur les 10 corps, pour compléter et intégrer les pratiques de la veille : le Baci, la méditation de Corinne, et tout ce qui a déjà commencé à bouger à l’intérieur. Une pratique d’ancrage et de consolidation, comme pour rassembler ce qui s’est ouvert.
Puis vient le temps du petit déjeuner, des valises, et des au revoir au luxe discret du lodge.
Un chapitre se ferme.
Un autre s’ouvre.
Bonjour le van pour environ cinq heures de route vers Nong Khiaw, petite bourgade plus au nord-est. L’objectif : découvrir un Laos plus rural, plus simple, plus brut.
La route défile lentement. Les paysages changent. Les montagnes se rapprochent.
Une halte au milieu du trajet, avec une jolie vue, pour une soupe locale, simple et populaire.
Il n’y avait rien d’autre… et rien de vraiment adapté pour notre végane. Heureusement, il restait quelques fruits et graines dans les sacs. Ici, on s’adapte. Toujours.
Bonne nouvelle : notre « malade » est déjà bien retapée et a retrouvé son sourire radieux.
Moment suspendu : nous chantons un joyeux anniversaire pour mon père, avec la vue en toile de fond. Simple, inattendu, précieux. Joyeux anniversaire Papa !
Arrivée vers 16h30.
Sans trop réfléchir, nous déroulons immédiatement les tapis pour un cours de Gravity Yoga, afin de défaire les tensions du voyage. Le soleil se couche déjà… le corps a besoin de s’étirer, de se poser, de récupérer.
Le cours est ponctué par le passage d’un bateau sur la rivière en fête : musique à plein volume, quelques bières, quelques amis qui trinquent. Une scène typique de l’esprit du Laos. Une définition simple et joyeuse du bonheur laotien.
Une petite marche ensuite, histoire de faire au moins mille pas dans la journée. En route, nous laissons notre linge à laver.
Mes rudiments de lao déclenchent une transaction ponctuée d’éclats de rire. J’explique à mes K Yoginis qu’ici, avec ma personnalité, tout se passe simplement.
Rendez-vous pris mardi soir pour récupérer le linge, à l’issue de notre trek.
Je présente aussi une possibilité de grimpette pour les jours à venir, promettant de belles vues.
On réserve un massage, puis un dîner tout simple, sans artifice.
La journée se termine par un massage des pieds, pour tester progressivement l’adéquation avec le massage local, auprès de mes K Yoginis. Tout doucement. Petit à petit. Toujours à l’écoute.
Puis vient une bonne nuit, profonde, réparatrice.
Demain, l’activité reprend autrement :
un trek de 48 heures nous attend, avec logement chez l’habitant pour les plus chanceuses.
Un guide francophone nous accompagnera. Les échanges risquent de fuser et viendront combler certains de mes déficits dans divers domaines — une véritable aubaine pour moi.
Le voyage continue.
Plus lent. Plus vrai.
Le Laos gagne, petit à petit, le cœur de mes K Yoginis.
Un ressenti, une intuition… qui se confirmera plus tard, ou pas.
Mais une chose est sûre : en cinq jours, elles sont déjà complètement déconnectées.
C’est la belle magie du Laos, et je l’aime profondément pour cela.
Ce voyage est autant le leur que le mien.
Merci à celles et ceux qui nous suivent de loin.
Merci pour votre présence silencieuse.
Jour 7 & 8 – Muang Ngoi et Sop Jam, au cœur du Laos profond
Après une bonne nuit dans une guesthouse au bord de la rivière Nam Ou, à Nong Khiaw, reposées par le yoga et le massage de la veille, nous reprenons notre rituel.
30 minutes de méditation, puis 30 minutes de yoga. Le corps est prêt, l’esprit aussi.
Après le petit déjeuner, Lin vient à notre rencontre à 8h30.
Lin a 71 ans.
Il est laotien, autodidacte en français, et nous accompagnera durant ces deux jours.
Son français est… approximatif, et nous comprenons très vite que ce trek sera aussi, pour lui, un cours de français grandeur nature.
Bor Pen Niang, c’est aussi cela le goût du Laos : gérer les imprévus avec le sourire.
Il m’explique qu’il touche l’équivalent de 60 € de retraite par mois, trop peu pour vivre. Il force le respect lorsqu’il nous raconte qu’il apprend le français avec son Samsung, seul, mot après mot.
Pour nous accueillir, il a même demandé conseil à un guide de Luang Prabang. Nous sentons immédiatement le soin, la préparation, l’engagement.
Nous embarquons ensuite sur un fin bateau à moteur pour une balade de 40 minutes au cœur de la jungle laotienne.
Le décor est irréel.
Nous arrivons dans un village d’une grande pauvreté, mais dont l’affabilité et la douceur frappent immédiatement. Nous le traversons en silence.
Après une heure de randonnée, nous atteignons une jolie chute d’eau, surgissant pour ainsi dire de nulle part. Le soleil n’a pas décidé de se montrer aujourd’hui, la chaleur reste douce.
Seules deux téméraires osent se jeter à l’eau. Une baignade fraîche, vivifiante, régénérante.
Le déjeuner se fait un peu plus loin, dans un restaurant posé au milieu de nulle part, à quinze minutes à pied de Muang Ngoi, joli petit village en bord de rivière.
Les plus sportives tentent ensuite l’ascension vers un point de vue :
les deux plus jeunes, et les deux plus expérimentées, qui m’impressionnent par leur vaillance.
Et l’effort est largement récompensé.
La vue est merveilleuse, époustouflante, sensationnelle, extraordinaire — pour reprendre quelques-uns des mots de Lin, qui semble se régaler à apprendre des synonymes dans son dictionnaire.
Nous visitons ensuite Muang Ngoi, petit village découvert par deux Australiens en 2001, devenu depuis un mini village nature pour backpackers, posé hors du temps.
Puis nous reprenons le bateau en direction du village de Sop Jam.
La traversée est une merveille absolue, digne de décors de films comme Jurassic Park ou Le Seigneur des Anneaux.
Nous sommes seuls sur la rivière. Nos guides ont toujours un coup d’avance sur les autres groupes ; nous rentrons presque dans la peau de véritables explorateurs.
Nous ne croisons que quelques rares pêcheurs sur leurs barques, presque perdus dans l’immensité.
À l’arrivée à Sop Jam, découverte des couchages chez l’habitant pour la nuit.
Moment un peu tendu : celles qui ont choisi l’expérience semblent soudain moins sûres…
Pas de douche, juste une écope et un grand récipient d’eau.
Les lits sont installés dans le séjour.
À noter que Corinne bénéficiera d’un matelas “Louis Vuitton” 😉
Le strict nécessaire est là, sans luxe… hormis ce clin d’œil LV.
Je serai le seul, je crois, à profiter de la douche rudimentaire — un minimum !
Le village se résume à une seule rue.
Toutes les femmes y ont la même activité : le tissage de foulards et de châles, en coton ou en soie.
Étrangement, personne ne travaille à ce moment-là… ce qui n’empêche pas une belle séance de shopping.
On y trouve également une énorme guesthouse, presque aussi grande que le village lui-même, avec vue sur la Nam Ou.
Nous y prenons le dîner, simple, presque austère, mais parfaitement bienvenu.
La soirée est courte : ici, la vie est rythmée par la lumière du jour.
Un terrain de pétanque a toutefois été installé, laissant place à cette occupation avant le dîner. Mes Yoginis lui préfèrent la dégustation de l’indétrônable BeerLao.
À 20h30, tout le monde est au lit.
Je n’entends pas de critiques sur mon organisation… plutôt une forme d’acceptation joyeuse de la décision de ronfler ensemble chez l’habitant 😀
Au lever du jour, je me retrouve seul à méditer… et à pratiquer 😀
Nous devons repartir tôt, et en vacances, le lever matinal n’est visiblement pas très populaire.
Je m’adapte. Bor pen nyang.
Avant de quitter la maison, nous craquons encore pour quelques châles, en guise de pourboire, pour la propriétaire Von et son mari.
Nous repartons vers le village de la veille, puis entamons deux heures de randonnée, cette fois sous un soleil de plomb, pour rejoindre le village de Ban Na, village au bord des rizières.
La saison n’est pas celle du riz, mais nous devinons sans peine la beauté spectaculaire du paysage en pleine période de culture.
Lin nous raconte alors l’histoire du lieu.
Ici, tout a été bombardé par des B-52 durant la guerre du Vietnam, mêlée à la guerre secrète du Laos.
Les habitants vivaient dans les grottes le jour, et, la nuit, à la lumière de la lune, se rendaient dans les champs pour les cultiver.
Cela dura jusqu’au 21 février 1973, date des accords de paix entre royalistes et communistes.
Je retiens cette date, tant elle a été répétée durant ces deux jours.
Nous déjeunons face à ce paysage à la fois chargé d’histoire et impressionnant, puis repartons en passant par une grotte interminable, abritant une source, qui accueillait autrefois 80 familles.
Le trek se termine par 45 minutes de bateau, pour retrouver un certain confort de couchage et de sanitaires. Je sais que c’est un soulagement pour certaines, mais il me semblait essentiel de montrer le vrai Laos, pas seulement celui du luxe de Vientiane ou de Luang Prabang.
Car le Laos, pour beaucoup, c’est aussi cette précarité.
La journée est ponctuée par un dîner dans un silence religieux .
Mission accomplie.
Face à ces paysages fantastiques, ces 48 heures résonnent comme l’apogée du voyage.
Et pourtant… nous n’en sommes qu’à la moitié.
Jour 9 – Derniers souffles du Nord, cap au Sud
Nong Khiaw → Luang Prabang → Vang Vieng
(qui reste au nord de la capitale)
C’est notre dernier jour dans le Nord, le début d’une fin… on s’y habitue déjà !
Pour terminer en beauté, j’ai proposé l’ascension d’une montagne à l’aube, toute proche, afin d’admirer le soleil se lever au-dessus du brouillard quotidien qui enveloppe la vallée.
Trois téméraires ont répondu présentes.
Hélas, ce matin-là, le brouillard est resté trop épais.
Rien à voir au-dessus… à part du coton !
Il y a une dizaine de jours, j’y étais, et c’était splendide…
Bor pen nyang. La montagne décide toujours.
Je redescends plus tôt pour assurer le cours du matin, légèrement retardé par l’achat de croissants et pains au chocolat pour la route.
Celles restées au lodge pratiquent avec la vidéo d’un gars qui donne ses cours en ligne.
Je découvre l’un de ses cours.
Captivant.
Vraiment bien.
Super, ce type 😀
Nous avalons ensuite un petit déjeuner, refaisons nos valises, et à 8h30, tout le monde est prêt pour cinq heures de route.
Les croissants font leur effet : ils calent mes K Yoginis, ce qui nous permet de savourer un dernier déjeuner à Luang Prabang, au bord du Mékong.
Un restaurant pas comme les autres : Barack Obama y est lui-même venu boire une noix de coco.
Rien que ça.
Avant cela, notre architecte a tenu à aller voir le vieux pont français, dédié uniquement au passage des motos et des piétons — un clin d’œil au passé, au milieu du flux.
À 15h, direction la gare.
Nous quittons notre chauffeur avec un pourboire.
Je n’avais pas noté que je devais le payer à ce moment-là… et me voilà déjà dépouillé 😄
Bor pen nyang, on est au Laos : tout s’arrange toujours.
Le train arrive à l’heure.
Nous arrivons en début de soirée à Vang Vieng.
Le temps de régler l’expérience montgolfière pour trois de mes Yoginis aventurières, de retirer des fonds pour éponger mes dettes, et de poser les sacs.
Nous filons directement au massage, histoire de relâcher la tension à la laotienne, sans yoga cette fois, après cette journée très… logistique.
Une heure chacune.
Celles qui aiment être dorlotées choisissent le oil massage, plus doux ; les autres, plus téméraires, optent pour le massage lao, plus… tonique 😃
Puis un dîner en food court, simple et apprécié, dans la continuité de ceux de Luang Prabang.
Je découvre une vraie passion chez mes K Yoginis : se retrouver comme des enfants avec de l’argent de poche et se lâcher complètement !
Elles me remboursent l’argent avancé au début — ça fait très colonie de vacances — mais ça participe aussi à leur expérience : ne s’occuper que de profiter 😉
Coucher tôt, encore une fois.
Le Laos se lève décidément tôt.
Demain, réveil à 5h20 pour les trois aventurières en montgolfière.
Les autres prendront un peu plus leur temps… en les attendant.
Le voyage continue.
Autrement.
Avec un autre souffle.
Jour 10 – Air, eau turquoise et lâcher-prise
Lever très tôt, 5h, pour trois aventurières prêtes à s’élever dans le ciel pour un vol en montgolfière.
Pour les autres, grasse matinée accordée — et largement méritée.
J'admire le lever du soleil du resort pour ma part et les aventuriers et aventurières tout là-haut...
Un peu plus tard, nous partons toutes ensemble pour une journée que j’appellerais volontiers “plage version Laos”.
Ici, pas de mer. Le Laos n’a pas de plage.
Mais Vang Vieng offre ses Blue Lagoons : des eaux turquoise jaillissant de sources naturelles, au pied des montagnes karstiques.
Et là… ça jette franchement.
Ce sont des lieux très prisés des backpackers, venus buller, sauter, flotter, rire, ne rien faire.
J’explique à mes mamies et futures mamies que si, un jour, leurs petits-enfants leur annoncent qu’ils partent voyager au Laos…
ils passeront forcément par ici.
L’énergie du lieu est parfaite pour reprendre une pratique plus intense.
Nous en profitons pour proposer un grand cours d’1h30, et revenir progressivement au Kundalini Yoga.
Le corps est disponible.
L’esprit aussi.
L’eau, l’air, la lumière… tout s’aligne.
Puis vient le temps du farniente.
Simplement être là.
Flotter. Observer.
Je propose un déjeuner sur place, à la laotienne.
Autour d’une petite table posée au sol, assises en tailleur.
Au menu : poulet et poisson grillés, une salade de papaye et de concombre, peu épicée, quelques légumes.
Simple. Frais. Parfait.
Puis… re-farniente.
Nous levons le camp vers 16h20.
Une douche au resort, et nous voilà déjà prêtes pour aller déguster une bière au coucher du soleil, dans l’un des meilleurs spots de Vang Vieng.
Le spectacle est saisissant.
Le ballet des ULM et des montgolfières dans le ciel est tout simplement impressionnant.
Le soleil descend lentement derrière les montagnes.
L’air se fait plus doux.
Nous restons sur place pour dîner, prolonger la soirée sans la brusquer.
Puis un petit tour au marché du soir, et une glace pour les plus gourmandes.
Il est déjà temps de rentrer.
Une bonne nuit de sommeil nous attend.
Le corps est détendu.
L’esprit léger.
Le voyage continue… mais quelque chose s’est déjà profondément posé.
Jour 11 – Saveurs, soleil et lâcher-prise
De bon matin, notre pratique de yoga vient réveiller les sens, le corps et l’esprit, face à un fabuleux lever de soleil.
La lumière s’installe doucement, l’air est encore frais, tout est réceptif.
Nous prenons ensuite le temps du petit déjeuner, puis nous voilà déjà en route pour un cours de cuisine laotienne.
Un cours qui fera aussi… office de déjeuner.
Au programme, les mastodontes de la cuisine locale :
la salade de papaye, le larp de poulet, et des pancakes coco, avec bien sûr quelques ajustements pour notre végane.
Avant de passer aux fourneaux, nous visitons le jardin, en français s’il vous plaît, avec le père de notre chef cuisinier, âgé de 82 ans. Il a appris le français à l’école, et ses yeux brillent en nous racontant ses anecdotes du passé.
Il nous explique que le roi du Laos a importé les mûriers, qu’il cultive depuis des décennies pour en faire du thé — et que, plus tôt encore, leurs feuilles servaient à nourrir les vers à soie.
Il nous raconte aussi comment, en voyant les soldats américains dévorer des avocats, il eut l’idée de récupérer les noyaux et de les planter, tout simplement. Une transmission vivante, humble, précieuse.
Le déjeuner est… copieux.
Très copieux.
La pancake coco, à elle seule, semble capable de nous rassasier pour deux jours.
Le dîner ne sera d’ailleurs envisagé que par quelques-unes. Pour ma part, il était clairement de trop
L’une du groupe se sent d’ailleurs ballonnée avant même de cuisiner, signe avant-coureur qu’il est temps de relâcher un peu la pression du programme.
Le corps parle. Toujours.
Nous partons ensuite visiter une chute d’eau non loin de là, mais je me rends vite compte que l’énergie du groupe est un peu assommée par la fameuse pancake.
Changement de plan.
Place au plan B :
repos, farniente, lecture, temps libre au bord de la piscine.
Parfois, le plus juste est de ne rien ajouter.
Nous renonçons ainsi à un cours de yoga dans une grotte et à une baignade dans un autre Blue Lagoon, pourtant populaire — mais seulement pour deux baigneurs dans le groupe… il doit manquer le pavillon bleu certainement.
La chaleur écrasante, douce comme le Laos, finit d’assommer les organismes.
En fin de journée, nous nous retrouvons pour un cours de yoga au coucher du soleil.
Au-dessus de nos têtes, une myriade de montgolfières traverse lentement le ciel.
Le spectacle est impressionnant, presque irréel.
Puis, en douceur… la nuit tombe.
Le dîner sera léger, et seulement pour six personnes.
Le corps s’étire doucement.
L’esprit se pose.
La journée se referme, pleine, nourrissante, à tous les niveaux.
Le voyage continue…
mais aujourd’hui, il a surtout appris à ralentir.
Jour 12 – Ralentir, vraiment
Réveil en douceur avec la pratique quotidienne matinale, de 7h à 8h30.
Une pratique complète pour réveiller le corps, clarifier l’esprit et accompagner ce qui se transforme déjà.
Puis vient le petit déjeuner, la préparation des valises… et le moment de quitter Vang Vieng.
Le tempo change.
Du temps est volontairement accordé pour se poser, prendre son temps, ne pas courir.
Nous nous préparons à ralentir encore davantage, en entrant progressivement dans le sud du Laos.
En voiture pour 1h45, nous empruntons la première autoroute du Laos, en service depuis seulement cinq ans.
Un détail en apparence, mais qui raconte beaucoup du pays : ici, tout est encore récent, en devenir.
Nous poursuivons vers la rivière Nam Ngum pour un déjeuner laotien paisible, sous forme de mini-croisière sur un radeau.
Une expérience qu’on m’avait proposée après seulement une semaine au Laos, il y a 23 ans.
J’en garde un souvenir très précis.
Cette mini-expérience, à la fois kitsch et profondément mignonne, résume à elle seule l’âme du Laos :
prendre le temps, partager un moment de communion, savourer l’instant pendant que l’eau glisse lentement sous le radeau.
C’est bucolique.
C’est simple.
C’est tellement lao.
Les plats sont typiquement laotiens.
Pour être sûr que notre végane ait quelque chose à manger, je prends aussi une assiette de frites.
Et je constate, amusé et attentif, que cette assiette est dévorée en un rien de temps par tout le monde, tandis que la célèbre salade de papaye reste presque intacte.
Un petit signal faible, mais révélateur.
Un signe avant-coureur qu’il est peut-être temps de revenir à des bases plus simples.
Un ressenti que je garde pour moi… pour l’instant.
Rester à l’écoute de ces détails est essentiel pour préserver l’énergie du groupe.
Nous arrivons ensuite à Vientiane, où nous emménageons dans un hôtel pour une nuit.
Je l’avais upgradé, et je sens immédiatement que j’ai bien fait.
Il s’agit de l’ancien Novotel de Vientiane, désormais appelé Laotel.
Une atmosphère coloniale y flotte encore : un mélange de calme, de douceur et d’élégance discrète.
Un peu de luxe, de volupté, arrive exactement au bon moment pour mes K Yoginis, j’en suis convaincu.
Nous convenons ensuite d’aller repérer les boutiques de souvenirs pendant une à deux heures, histoire d’être efficaces le dernier jour.
Et là… petit miracle du quotidien.
Malgré les affirmations de notre chauffeur local — pour qui cela semblait impossible — nous trouvons un opticien pour remplacer les lunettes perdues de Françoise.
Elle ne connaît pas sa correction.
Le magasin ferme quinze minutes plus tard.
Et pourtant…
En sept minutes chrono, la correction est trouvée, une monture — certes pas ultra design — est ajustée, et la vue comme le sourire de Françoise sont restaurés.
Interdiction formelle de la prendre en photo avec !
Dommage… parce que cette nouvelle paire lui va tellement bien.
Après quelques boutiques, je sens encore flotter une fatigue diffuse.
Et quand des femmes en pleine séance shopping avouent un coup de mou… c’est qu’il faut écouter.
Je décide donc de rentrer à l’hôtel.
Au programme :
– chambre confortable,
– piscine,
– baignoire éventuelle,
– et surtout… repos pendant 2h30.
Sur le chemin, je m’autorise même un arrêt dans un supermarché pour acheter Pepsi, cookies et chocolat afin de réconforter ces dames — et plus particulièrement Margot, en délicatesse avec son énergie depuis 36 heures.
Elle ne m’a rien dit… mais le corps, lui, parle.
Décidément, cette pancake a fait des victimes
Je décide même de changer le programme du dîner.
Exit le sindat, ce barbecue coréen adapté à la laotienne.
Place à une pizzeria.
Parfois, la simplicité fait le plus grand bien.
Seules quatre vaillantes parmi les vaillantes répondent à l’appel.
Pour elles : un verre de vin, une bruschetta, et un plat digne de la meilleure mamma du monde, de quoi remettre l’estomac bien droit.
Les autres choisissent l’option repos dans un lit douillet.
L’un comme l’autre se valent parfaitement.
La nuit arrive tôt, comme une évidence.
Demain, départ de l’hôtel à 6h15, pour un vol à 8h05 vers le sud.
Le corps se repose.
L’esprit aussi.
Le voyage continue…
encore autrement.
Jour 13 – Le Sud, une autre respiration
Bien remises de nos émotions du Nord, cette étape vientianaise s’est révélée profondément bienfaisante, à plusieurs niveaux :
recadrage de l’estomac pour les plus gourmandes,
repos douillet pour celles qui avaient besoin de se remettre dans leur bulle un moment.
Nous quittons l’hôtel très tôt, direction l’aéroport… situé à sept minutes à peine.
Vive cette mini-capitale à taille humaine — l’horaire et l’emplacement de l’hôtel y ont largement contribué.
À peine arrivées, les valises sont déposées, les corps se délestent, et nous voilà prêtes pour un petit déjeuner sur le pouce à l’aéroport.
Café pour les unes, chocolat pour les autres.
Croissant ici, pain aux raisins par là.
Le son de la capitale vibre encore autour de nous, à travers ces propositions… très occidentales.
L’avion est à l’heure.
Observez bien les lunettes de Françoise qu'elle a tenté de cacher sans succès ! Oups elles sont déjà perdues ! 🤔
À 9h00, nous atterrissons à Paksé, dans la douceur du matin.
Notre chauffeur est déjà là, souriant, prêt à nous accueillir.
Première halte dans une petite boutique laotienne, tenue par Xavier, un Français installé ici depuis douze ans, spécialisé dans la location de motos.
Xavier est un proche de proche de Chantal… je ne vous fais pas de dessin 😉
Nous prenons ensuite la route vers le plateau des Bolovens, réputé pour ses plantations de café.
Après une cinquantaine de minutes, nous arrivons dans une plantation tenue par South, une Laotienne qui a vécu plusieurs décennies en France avant de revenir au pays pour reprendre la plantation familiale et s’occuper de ses deux neveux, aujourd’hui experts en café et baristas accomplis.
Son français est parfait.
Son discours est clair, passionné, inspirant.
Elle capte immédiatement l’attention de mes K Yoginis.
Le climat, plus doux — nous sommes ici à 900 mètres d’altitude — apporte lui aussi un confort très appréciable à la visite.
À la fin, plusieurs me confient que c’est l’une des meilleures visites du voyage, reléguant certaines expériences précédentes très loin derrière… et me confirmant, au passage, la justesse du choix du Sud — et donc, sans regret, le supplément du billet d’avion.
Nous poursuivons par un déjeuner, et j’ai la grande joie de voir toutes retrouver un appétit franc, en particulier celles qui avaient eu besoin de lever le pied les jours précédents.
Le Sud commence déjà à faire son œuvre.
Les plats restent cependant moins épicés… et c’est très bien ainsi 😃
L’après-midi se poursuit par la visite de deux chutes d’eau impressionnantes :
Tad Gneuang et Tad Fane.
Elles sont grandioses, puissantes, saisissantes.
Elles imposent à la fois respect, admiration et étonnement.
Nous repensons ensemble aux superlatifs de notre guide Lin, dans le Nord…
et je confirme : il y a vingt ans, elles étaient déjà là, avec le même débit, la même force tranquille.
Une nature extravagante, tout simplement.
Nous reprenons ensuite la route vers notre hôtel, posé au bord d’un Mékong paisible.
Le cadre est somptueux, la vue magnifique.
Quelques rochers émergent, donnant au paysage un aspect presque désertique, figé, alors que le fleuve, lui, continue de s’écouler avec toute sa puissance.
Quelques pêcheurs effectuent leurs dernières prises pendant que la lumière décline lentement.
Cet hôtel, comme les précédents, a été choisi d’un commun accord lors de la préparation du voyage, il y a déjà quelques semaines — voire quelques mois — avec une logique assumée :
garder le meilleur pour la fin, comme une récompense, après le chemin parcouru.
À peine les chambres attribuées, je les vois toutes se replier dans leur bulle, sans même avoir évoqué une pratique.
Je frappe à une porte — pas de réponse.
À une autre — l’impression de déranger un calme déjà installé.
Je n’insiste pas davantage.
Pas de yoga aujourd’hui.
Après tout, c’est dimanche… et je n’en fais pas en Zoom non plus normalement 😉 Je vous dis ce monde a besoin de .... plus de profs de yoga 🤷♂️
Nous n’avons pas pratiqué ce matin — départ trop matinal —
et pas aujourd’hui non plus, finalement.
Nous ferons simplement une méditation après le dîner.
C’est donc quartier libre pour l’équipe :
offrir une pause au corps, permettre à chacune de prendre ses marques dans ce lieu choisi pour ses quelques jours de bon standing.
Un dernier souvenir doux et savoureux, une transition avant le retour au froid.
À la piscine, je croise certaines qui semblent presque ne pas s’autoriser ce luxe…
alors qu’il est amplement mérité, au vu de tout ce qui a été traversé les jours précédents.
Nous dînons sur place, avec une folie de desserts pour les plus grands lâcher-prises de la soirée — ou les plus beaux laisser-aller 😉
Je ne les avais pas instaurés durant le séjour, mais je dois dire que depuis l’épisode de la fameuse assiette de frites sur le radeau, les palais ont clairement évolué : moins épicé, plus simple, plus rassurant.
Nous terminons par une communication céleste, longtemps et souvent réclamée par vous toutes.
Je l’avoue : ce n’est plus ce qui me fait le plus vibrer aujourd’hui, et je n’en propose plus beaucoup.
Peu d’élan, peu de chant, peu de présence…
Sans doute un effet post-desserts sucrés 😉
Comme dans un cours de yoga, il faut être dedans.
Et la pratiquer « en extérieur » rend l’énergie plus diffuse, plus difficile à contenir en groupe.
C’est ainsi.
Cela n’enlève rien à une évidence :
le Sud du Laos est en train de combler tout le monde.
Demain, retour à un patrimoine classé UNESCO :
le Wat Phu.
Le voyage continue…
avec une autre profondeur. 🌿
Jour 14 – Wat Phu, le sacré à ciel ouvert
6h30.
De bon matin, déjà éveillé, c’est l’heure du rendez-vous méditation avec les plus matinales.
La vue est saisissante.
Le soleil brille de mille feux.
Le paysage est presque lunaire, minéral, silencieux.
Tout invite à l’immobilité intérieure.
Je laisse les méditantes poursuivre en autonomie leur salutation au soleil.
Ici, inutile de guider : le lieu fait le travail.
Il est déjà l’heure du petit déjeuner.
Notre guide, fraîchement recruté la veille, nous attend déjà, accompagné du chauffeur de la veille.
Le contact est immédiat, simple, fluide. Il vient même m’accueillir à table, pendant le petit déjeuner.
On sent que la journée va bien se passer.
Nous partons pour une vingtaine de minutes de route vers le temple de Wat Phu.
Sur le trajet, Pheng nous raconte en anglais — que je traduis — l’histoire du lieu :
la montagne sacrée de Shiva,
la montagne-serpent protectrice,
la rivière sacrée,
et la présence de l’hindouisme à l’origine du site.
Le temple de Wat Phu remonte aux Ve–VIIe siècles, soit plusieurs siècles avant Angkor Vat, situé à environ 240 km.
Ici, le Laos rappelle doucement qu’il était déjà un grand carrefour spirituel.
Nous arrivons au parking à 8h15.
Nous sommes les premiers.
Et là… scène typiquement laotienne.
Le système de tickets pour les véhicules n’a plus de batterie.
Impossible pour l’agente de lever la barrière.
Un moment de flottement.
Un tuk-tuk derrière s’impatiente.
L’agente élève un peu la voix… sans que cela ne dure.
Bor pen niang… Laos, quand tu nous tiens !
Nous décidons de sortir du van et de traverser le parking à pied.
À peine dix mètres parcourus… la barrière se lève.
Bienvenue au Laos.
On nage en plein dedans.
Arrivés au guichet pour les billets : personne.
Notre guide part réveiller le personnel, visiblement encore en mode week-end 😄
Et pourtant, nous sommes sur un site classé patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2001.
Tout finit par s’ouvrir.
La visite commence par le pavillon d’introduction, qui fait office de musée :
carte du site, fragments archéologiques retrouvés sur place, statues diverses, récits des explorateurs français qui ont redécouvert le lieu…
Nous plongeons dans la mythologie hindouiste, ses dieux, ses symboles, son langage sacré.
Car ici, le site fut hindou avant de devenir bouddhiste.
La visite se poursuit sous un soleil de plus en plus écrasant, au fil des marches que nous gravissons lentement.
Des dizaines de marches… mais surtout un chemin initiatique.
Notre guide nous replonge dans les dynasties anciennes.
Nous empruntons le chemin du roi et de la reine :
bassins de purification,
bâtiments pour se changer,
escaliers aux marches irrégulières, invitant autant à l’élévation physique que spirituelle.
Au premier palier, une alerte santé survient : une crise d’asthme soudaine.
Plus de peur que de mal.
Ma K Yogini restera à l’ombre pour se reposer, pendant que nous poursuivons la visite plus haut.
Au sommet, nous atteignons le temple principal, où trône un Bouddha installé vers 1900.
Puis nous découvrons les lieux emblématiques du site :
– la source d’eau sacrée,
– l’empreinte de Bouddha,
– les plateformes de méditation du roi et de la reine,
– le rocher aux trois têtes d’éléphant, dont une jamais achevée, interrompue par l’invasion du royaume du Siam,
– l’empreinte de crocodile, utilisée autrefois pour les sacrifices humains — rappel que la spiritualité d’alors pouvait aussi être brutale.
À chaque palier, la vue est imprenable sur toute la plaine.
Nous faisons des pauses.
Des photos.
Notre guide se transforme en photographe attitré.
Ce qui frappe, c’est le calme du lieu.
Malgré son classement UNESCO, il y a peu de visiteurs.
Nous sommes peut-être une cinquantaine, dont près de la moitié de locaux.
Un luxe rare.
On sent que le train est loin… très loin.
Nous reprenons ensuite la route vers Champassak pour le déjeuner, tout en visitant la ville depuis le van :
la rue principale,
le palais royal du père et du fils,
la poste,
le distributeur de billets.
Le déjeuner se fait attendre… longtemps.
Nous n’aidons pas en commandant cinq poissons cuits à la vapeur, préparés à la commande.
Le temps qu’ils aillent pêcher dans le Mékong… 😅
Ici, le slow food porte parfaitement son nom.
Puis visite d’un marché local, pour les locaux :
– œufs de fourmis,
– bébés grenouilles,
– insectes,
– souris grillées au barbecue,
– œufs d’une semaine cuits,
– mais aussi poissons frais du Mékong, légumes, viandes…
Peu de fruits, malgré tout.
Retour à l’hôtel ensuite, chacun selon son besoin :
sieste,
repos au bord de la piscine,
ou mini-randonnée pour les plus sportives.
En fin de journée, nous nous retrouvons pour un cours de Kundalini Yoga au coucher du soleil, puis reprenons la communication céleste de la veille, cette fois avec plus de présence, pour ne pas rester sur une fausse note.
Un dîner à six conclut cette journée, sous le signe de la tranquillité.
Le sourire du Sud du Laos gagne progressivement le cœur des K Yoginis.
Sa lenteur aussi.
Tout est juste.
Le Laos joue ses notes de tendresse
et complète peu à peu une partition presque parfaite.
Le voyage continue…
dans une douceur profonde. 🌿
Jour 15 – Savourer jusqu’à la dernière goutte
Lors de la préparation du voyage, quelques semaines — et même quelques jours — avant le départ, j’avais noté un grand besoin de repos exprimé par certaines participantes.
Je l’avais peut-être mal interprété.
J’imaginais surtout un besoin de se prélasser, de bouquiner, de rester immobile.
J’avais donc volontairement laissé cette dernière journée libre d’activité :
un programme proposé, mais aussi la possibilité de se retirer, de buller dans le resort toute la journée, comme nous l’avions fait à Luang Prabang.
Je m’étais trompé.
Ou plutôt, j’avais mal perçu le message.
Cause plus probable : le Laos avait déjà dissipé cette fatigue, bien plus morale que physique.
En un rien de temps.
Lorsque je propose l’activité du lendemain, la veille au soir… toutes adhèrent.
Le voyage touche à sa fin, et l’envie d’en profiter jusqu’au bout est bien là.
Ne plus perdre une goutte de ce voyage, de cet esprit laotien.
Le pays est ainsi vécu comme je l’espérais — en profondeur — sans forcément l’avoir tous les jours dans l’assiette 😋
Ayant repéré l’endroit et l’horaire idéaux pour une contemplation méditative du lever de soleil, le rendez-vous est donné à 6h du matin pour celles qui le souhaitent.
Trente minutes de méditation, face au Mékong, à admirer le soleil se lever timidement, mais sûrement, sur le fleuve majestueux.
Dès que l’astre pointe le bout de son nez, nous enchaînons par une série libre de salutations au soleil, toutes alignées face à la lumière déjà éclatante.
Puis trente minutes de pratique viennent naturellement ouvrir l’appétit.
Petit déjeuner.
Et nous voilà prêtes pour la journée.
Nous traversons le Mékong en barque afin d’optimiser la route — autrement, un détour d’une heure à une heure trente aurait été nécessaire.
De l’autre côté, notre chauffeur nous attend déjà.
Nous partons pour 1h30 de route, sur une voie propre, peu fréquentée, longeant le Mékong plein sud, en direction du Cambodge.
Nous arrivons à Khon Phapheng, la perle du Mékong.
Des chutes d’eau imposantes, témoignant de la puissance du fleuve, même en saison sèche, lorsque son débit est pourtant moindre.
Le site est aménagé pour le tourisme… mais quasi désert.
Il y a vingt ans, je l’avais connu plus fréquenté — mais c’était un week-end.
Nous sommes mardi.
Le Laos est au travail.
Nous profitons ainsi d’une belle promenade.
En fin de parcours, nous découvrons une autre facette de la spiritualité laotienne : la capacité à sacraliser le vivant.
Un tronc d’arbre immense, ayant traversé les siècles au milieu du Mékong, est aujourd’hui érigé en divinité sous un temple.
Son tronc est entouré d’une parure de verre, comme dans un musée, pour le préserver.
À ma dernière visite, il y a vingt ans, cet arbre trônait encore au milieu du fleuve.
Une impressionnante armada a été nécessaire pour l’en extraire après sa chute et l’ériger ainsi, hors de l’eau, sous sa structure sacrée.
Balade bucolique, café en chemin — cela fait les pas quotidiens de Margot, qui les compte toujours avec une précision redoutable 😉
Nous sommes alors à quinze minutes seulement de la frontière cambodgienne, à l’extrême sud du Laos.
Nous remontons ensuite vers le nord, une vingtaine de minutes, pour embarquer à bord d’un bateau.
Vingt-cinq minutes de navigation dans les dédales du Mékong, au cœur de la région dite des 4000 îles.
L’endroit est immédiatement apaisant.
Encore un autre univers.
Encore une nouvelle palette de sensations que le Laos sait offrir.
Arrivées sur l’île de Don Khon, nous sommes prises en charge par Ling, en tuk-tuk, accompagné de sa fille sur un second tuk-tuk.
Tout a été réservé la veille, comme par magie, m’offrant enfin un peu de repos dans la supervision logistique.
Nous visitons d’abord une ancienne locomotive et des vestiges de voies ferrées et d’installations portuaires laissées par les Français.
Un projet à la fois économique et géopolitique, visant à développer la zone et à « marquer le territoire » face aux avancées britanniques en Birmanie.
Puis direction l’ancien port, autrefois point d’entrée stratégique plus au sud de la péninsule indochinoise.
Ici, les dauphins d’eau douce étaient autrefois l’attraction principale.
Lee m’explique qu’ils ont disparu durant le COVID, faute de touristes.
Mon ami Jean-Louis, qui m’a aidé à préparer ce voyage, m’avait écrit :
« Ils sont morts de tristesse… »
Nous poursuivons par la visite des chutes de Li Phi, rapides du Mékong s’écrasant violemment sur la roche.
Personne n’a envie de se jeter à l’eau — et pour cause : même un excellent nageur n’y ferait pas long feu.
Déjeuner ensuite chez Noy, la femme de Lee.
Nous arrivons affamées, un peu assommées par la chaleur.
Françoise s’arrête là pour une sieste bien méritée, pendant que le reste du groupe poursuit la visite d’une dernière zone de rapides.
Le lieu est presque désert.
Bucolique.
Une petite plage inviterait à s’y poser toute une journée.
Christine, quant à elle, fait une rencontre inattendue avec un palmier… attraction soudaine, coup de foudre immédiat 🌴
Nous reprenons ensuite le bateau pour le trajet retour.
Pour retraverser le Mékong, nous montons sur une barge, moyen de transport courant au Laos.
Les ponts sont coûteux, la barge crée de l’emploi — et elle fait partie intégrante de la vie locale.
Mes K Yoginis sont impressionnées.
Une nouvelle case est cochée dans les expériences de transport laotiennes.
Et, comme un cadeau supplémentaire, le coucher de soleil accompagne la traversée.
Magique.
Retour à l’hôtel.
Calme.
Préparation des valises.
Repos.
On savoure ces derniers instants.
Le dîner est ponctué d’échanges :
pourquoi ce voyage,
ce qu’il a remué,
ce qu’il laisse.
On sent la fin approcher.
Une nuit douce vient conclure cette journée, finalement bien remplie.
L’esprit est apaisé.
Le corps aussi.
Et le Laos, doucement mais sûrement, a fini par envoûter toutes les participantes.
Jour 16 – Le retour commence… doucement
Ça sent la fin.
Aujourd’hui est placé sous le signe d’un premier retour :
retour du Sud du Laos — Paksé exactement — vers la capitale.
Réveil à 6h.
Méditation et pratique jusqu’à 7h15.
Dernier lever ensemble dans ce resort que nous quitterons dans quelques heures.
Puis le rituel devenu familier : petit déjeuner, regards sur le fleuve, gestes plus lents que d’habitude.
Jusqu’à 9h, chacune boucle sa valise, profite encore un peu du lieu.
Checkout à 9h00.
Nous prenons la route vers la ville de Paksé pour une dernière immersion locale : le marché.
À l’entrée, les bijoutiers affichent fièrement l’or du Laos.
Puis, au fil de notre avancée, les vêtements s’empilent par centaines, suivis des échoppes de bricolage, d’ustensiles de cuisine, d’objets en tout genre.
Nous arrivons ensuite aux étals de légumes, posés à même le sol.
Chacune a sa spécialité.
Nous dénichons d’énormes gingembres à 40 cents le kilo, de la citronnelle fraîche, des baguettes encore tièdes…
Tout est là.
Puis, pour les cœurs les mieux accrochés, les dédales des poissonnières et des bouchères.
Uniquement des femmes.
Sur des tables surélevées : tripes, boyaux, carcasses… rien n’est caché.
Petite scène surréaliste en sortant : juste à côté des boucheries, une coiffeuse lave les cheveux de sa cliente à l’aide d’une écope.
Le Laos, toujours.
Nous revenons ensuite vers un petit café pour un dernier bon expresso.
Sur la route de l’aéroport, nous prenons quatre sandwiches — toujours pour les plus téméraires 😉
À l’aéroport, attente.
Check-in.
Sécurité.
Attente encore.
L’avion est en retard.
Bor pen nyang.
Nous sommes au Laos.
Le temps ne presse pas… pour l’instant.
À peine arrivées à l’hôtel à Vientiane, je “tire” mes K Yoginis : le programme est encore chargé et le retard de l’avion comprime le planning.
Impossible de déplacer les massages déjà réservés.
Mini session shopping express dans une boutique repérée lors d’un précédent passage.
Puis direction le massage.
Petit moment de flottement à l’arrivée — un lapsus de réservation — mais tout rentre dans l’ordre.
Une heure chacune, dans un cadre cocon.
Les visages se détendent.
Les épaules aussi.
Après cette décompression bienvenue, je tente le sunset.
Premier flop : le café choisi ne sert plus de bière.
Chantal devait nous offrir la tournée — sans que ce soit son anniversaire.
Second flop : le soleil est déjà couché.
Je rattrape le coup par une petite marche le long du Mékong.
Et là, au hasard, nous tombons sur un rooftop au sommet d’un immeuble résidentiel.
Nous réveillons littéralement les serveurs.
Cadre splendide.
Aucun client.
Nous profitons du lieu pour tester les déclinaisons de la Beerlao : green, white…
Et Chantal, rieuse, insiste pour payer sa tournée.
Mais les méandres bancaires du Laos en décident autrement :
sa Mastercard ne passe pas.
Nouveau fou rire général.
Bor pen nyang, version bancaire.
Puis direction le dîner : un sindat, cette fois-ci maintenu.
Le fameux barbecue coréen revisité à la laotienne :
un feu au centre de la table,
une plaque bombée pour griller les viandes,
un bouillon tout autour pour cuire légumes et vermicelles.
Des amis m’y avaient invité avant le stage.
Un flashback immense m’était revenu ce soir-là.
J’avais complètement oublié jusqu’au mot lui-même.
Après le dîner, retour à l’hôtel.
Repos.
Préparation des valises.
À 21h, je réalise que j’ai encore chargé la journée.
Je décide d’ajuster pour le lendemain :
massage de dernière minute avant l’aéroport,
histoire d’être rafraîchi, détendu, prêt à affronter le marathon aérien de 12 à 16 heures.
Les K Yoginis ont terminé ce tour du Laos.
Et le Laos a fait son œuvre.
Au dîner, l’une confie :
« Jamais je ne serais venue spontanément dans ce pays. Et ça aurait été une erreur. »
Cette phrase me touche profondément.
Ce petit pays, aussi discret que méconnu, vaut largement le détour.
Le Laos a doucement envoûté chacune d’entre elles.
Et cette remarque, à elle seule, vient boucler la boucle.
Le voyage touche à sa fin.
Mais quelque chose, en nous, est déjà revenu transformé. 🌿
Jour 16 – Le retour commence… doucement
Ça sent la fin.
Aujourd’hui est placé sous le signe d’un premier retour :
retour du Sud du Laos — Paksé exactement — vers la capitale.
Réveil à 6h.
Méditation et pratique jusqu’à 7h15.
Dernier lever ensemble dans ce resort que nous quitterons dans quelques heures.
Puis le rituel devenu familier : petit déjeuner, regards sur le fleuve, gestes plus lents que d’habitude.
Jusqu’à 9h, chacune boucle sa valise, profite encore un peu du lieu.
Checkout à 9h00.
Nous prenons la route vers la ville de Paksé pour une dernière immersion locale : le marché.
À l’entrée, les bijoutiers affichent fièrement l’or du Laos.
Puis, au fil de notre avancée, les vêtements s’empilent par centaines, suivis des échoppes de bricolage, d’ustensiles de cuisine, d’objets en tout genre.
Nous arrivons ensuite aux étals de légumes, posés à même le sol.
Chacune a sa spécialité.
Nous dénichons d’énormes gingembres à 40 cents le kilo, de la citronnelle fraîche, des baguettes encore tièdes…
Tout est là.
Puis, pour les cœurs les mieux accrochés, les dédales des poissonnières et des bouchères.
Uniquement des femmes.
Sur des tables surélevées : tripes, boyaux, carcasses… rien n’est caché.
Petite scène surréaliste en sortant : juste à côté des boucheries, une coiffeuse lave les cheveux de sa cliente à l’aide d’une écope.
Le Laos, toujours.
Nous revenons ensuite vers un petit café pour un dernier bon expresso.
Sur la route de l’aéroport, nous prenons quatre sandwiches — toujours pour les plus téméraires 😉
À l’aéroport, attente.
Check-in.
Sécurité.
Attente encore.
L’avion est en retard.
Bor pen nyang.
Nous sommes au Laos.
Le temps ne presse pas… pour l’instant.
À peine arrivées à l’hôtel à Vientiane, je “tire” mes K Yoginis : le programme est encore chargé et le retard de l’avion comprime le planning.
Impossible de déplacer les massages déjà réservés.
Mini session shopping express dans une boutique repérée lors d’un précédent passage.
Puis direction le massage.
Petit moment de flottement à l’arrivée — un lapsus de réservation — mais tout rentre dans l’ordre.
Une heure chacune, dans un cadre cocon.
Les visages se détendent.
Les épaules aussi.
Après cette décompression bienvenue, je tente le sunset.
Premier flop : le café choisi ne sert plus de bière.
Chantal devait nous offrir la tournée — sans que ce soit son anniversaire.
Second flop : le soleil est déjà couché.
Je rattrape le coup par une petite marche le long du Mékong.
Et là, au hasard, nous tombons sur un rooftop au sommet d’un immeuble résidentiel.
Nous réveillons littéralement les serveurs.
Cadre splendide.
Aucun client.
Nous profitons du lieu pour tester les déclinaisons de la Beerlao : green, white…
Et Chantal, rieuse, insiste pour payer sa tournée.
Mais les méandres bancaires du Laos en décident autrement :
sa Mastercard ne passe pas.
Nouveau fou rire général.
Bor pen nyang, version bancaire.
Puis direction le dîner : un sindat, cette fois-ci maintenu.
Le fameux barbecue coréen revisité à la laotienne :
un feu au centre de la table,
une plaque bombée pour griller les viandes,
un bouillon tout autour pour cuire légumes et vermicelles.
Des amis m’y avaient invité avant le stage.
Un flashback immense m’était revenu ce soir-là.
J’avais complètement oublié jusqu’au mot lui-même.
Après le dîner, retour à l’hôtel.
Repos.
Préparation des valises.
À 21h, je réalise que j’ai encore chargé la journée.
Je décide d’ajuster pour le lendemain :
massage de dernière minute avant l’aéroport,
histoire d’être rafraîchi, détendu, prêt à affronter le marathon aérien de 12 à 16 heures.
Les K Yoginis ont terminé ce tour du Laos.
Et le Laos a fait son œuvre.
Au dîner, l’une confie :
« Jamais je ne serais venue spontanément dans ce pays. Et ça aurait été une erreur. »
Cette phrase me touche profondément.
Ce petit pays, aussi discret que méconnu, vaut largement le détour.
Le Laos a doucement envoûté chacune d’entre elles.
Et cette remarque, à elle seule, vient boucler la boucle.
Le voyage touche à sa fin.
Mais quelque chose, en nous, est déjà revenu transformé. 🌿
Jour 17 – Refermer la boucle, ouvrir la suivante
Ça sent la fin.
Ce dernier matin a une saveur particulière.
Pas de nostalgie lourde.
Pas encore.
Plutôt une sensation de boucle qui se referme doucement.
Une chose est sûre : durant ce stage, j’ai converti mes K Yoginis au yoga du matin avant le petit déjeuner.
Elles sont déjà toutes là, à m’attendre dans le lobby quand j’arrive, pile à l’heure.
Et ça, c’est déjà une petite victoire silencieuse.
Nous nous rendons en voiture, à 7h, vers le rooftop du premier jour, ici à Vientiane.
Revenir exactement là où tout a commencé.
Revoir la ville sous le même angle, mais avec d’autres yeux.
Ce cours, je l’ai pensé comme une intégration complète du voyage.
Un démarrage très Kundalini, pour aller directement à l’essentiel.
Ancrer ce qui a été vécu.
Sceller intérieurement les paysages, les odeurs, la lenteur du Mékong, les rires ici et là, les flops des sunsets, les succès imprévus, les paysages somptueux, les gens adorables rencontrés sur le chemin…
Puis quelques postures de Hatha / Gravity, plus longues, plus silencieuses.
Je parle peu.
Je laisse durer.
Comme si le corps devait imprimer lui-même les souvenirs.
Une méditation simple pour conclure.
Relâcher.
Ancrer.
Refermer sans fermer.
Un remerciement, aussi.
Je les invite toutes à devenir les guerrières de Leur bien-être .
Puis cette petite cérémonie des tapis.
Un seul repartira en France — trop d’affect, trop de choses vécues ensemble.
Les autres resteront ici, offerts, comme une trace discrète de notre passage.
Un cadeau au Laos.
Ou peut-être une promesse de revenir.
Je fais durer le cours un peu trop.
Évidemment.
Dilemme habituel : modifier le programme ou tenir le cap.
Je tiens le cap… en décalant légèrement la suite.
J’informe les étapes suivantes pour ne pas brusquer mes amis.
Bor pen nyang. Ce pays m’a définitivement contaminé, moi aussi…
Je presse un peu mes Yoginis quand même — non pas par rigidité, mais pour leur offrir 1h30 à l’hôtel : douche, piscine, valise, respiration avant le grand saut aérien.
Le confort avant 16 heures d’avion, c’est sacré.
Wat Sisaket – Bouddhas et détachement
Nous partons ensuite visiter le Wat Sisaket.
J’oublie où se trouve l’entrée officielle.
Nous entrons par l’arrière, par l’entrée des artistes, presque comme des invités…
Bor pen nyang.
Un moine me guide en lao, heureux d’entendre mes quelques mots dans sa langue.
Au guichet, une jeune Française tente de payer son billet d’un ou deux euros avec un billet de 100 dollars.
Je la regarde avec de grands yeux.
Elle me regarde et me propose de payer nos billets si je la rembourse en monnaie locale…
J’aperçois son passeport.
Je passe immédiatement en français.
Elle s’est fait voler son portefeuille avant même d’arriver.
Carte bancaire disparue.
J’imagine la galère ici…
Je compatis profondément.
Je lui règle son entrée.
Je lui laisse mon numéro si elle a besoin.
Le voyage apprend beaucoup de choses.
Y compris la prudence.
Je me remémore soudain que, le tout premier jour, fraîchement arrivé au Laos il y a plus de vingt ans, j’avais moi-même oublié mon portefeuille dans un taxi ici, à Vientiane.
Heureusement, j’avais loué une moto et je suis revenu à l’endroit où je l’avais pris : le taxi était là, et mon portefeuille aussi.
J’avais oublié cette histoire…
Le Wat Sisaket est presque irréel.
Des centaines, peut-être des milliers de Bouddhas.
Alignés. Empilés. Oubliés. Tout sauf restaurés.
Une véritable casse à Bouddhas.
Et pourtant, ils sont là. Ils trônent.
On dirait une mer de visages immobiles.
Certains n’ont plus de bras.
Je plaisante : sont-ils privés de chocolat ?
Mais au fond, cela me touche.
D’autres semblent s’être dissous à force de méditer.
L’abus de méditation peut être dangereux.
Gardez les pieds sur terre — pratiquez le yoga en parallèle !
Café, torréfaction et fidélité
Petit déjeuner chez Ninie, café 100 % vegan, l’épouse de Micka, qui va juste après nous montrer la torréfaction de son café.
Je tenais à cette étape pour Corinne, fidèle végane qui a très souvent dû composer avec le riz frit, le pad thaï ou les frites.
Je l’avais prévenue avant le voyage…
Puis démonstration de torréfaction chez Micka.
Je le connais depuis vingt ans.
À l’époque, j’invitais tout le monde à boire des bières — c’était mon mode de générosité.
Je connais Micka sarcastique, un verre à la main.
Aujourd’hui, je propose des cours de yoga… dans le même esprit, mais autrement 😉
Et là, il me fait une démonstration sérieuse, appliquée, presque solennelle.
La vie est un cercle vertueux.
On s’améliore avec l’âge 🤷♂️
Je crois que certains de mes amis pensent encore que je ne suis jamais vraiment parti du Laos.
Peut-être qu’une partie de moi n’est jamais revenue.
C’est ce qui me rappelle que l’herbe paraît parfois plus verte ailleurs — surtout dans la période que je traverse depuis quelques années en France.
Témoignages et simplicité
Retour à l’hôtel.
Je propose à chacune un court témoignage vidéo.
Elles sont naturelles.
Détendues.
Lumineuses.
C’est toujours si difficile d’obtenir des témoignages authentiques.
Là, tout coule de source.
Sans effort.
Comme le Mékong.
Le Laos a décidément bien agi sur elles.
Lunettes, marché et ancienne vie
Dernier marché, rapidement.
Françoise rachète une nouvelle paire de lunettes entre deux étals de choux.
2,40 euros. Encore plus soldé que soldé.
Record battu.
Elle avait déjà perdu la précédente en deux jours.
Quand on pose le mental… on le pose vraiment.
Bor pen nyang.
C’était le but et le thème du stage.
Puis détour par mon ancienne vie.
L’usine où j’étais directeur à 25 ans.
Ma première maison en bois traditionnel.
Je raconte.
Je revis.
Je vibre.
Je ne sais pas si elles imaginent.
Mais moi, je mesure le chemin parcouru.
Dernières douceurs
Déjeuner choisi pour rassurer les estomacs avant le vol, suggéré par une amie qui vit ici.
Toujours cette notion de confort.
Puis dernier massage — pour la route.
Enfin… pour le vol.
Dernière pression sur les épaules, les bras, le dos.
Comme un sceau final posé sur le corps.
À jamais, tu seras marquée par le Laos.
Shopping imprévu… évidemment
Deux petits porte-monnaie repérés par Christine.
Pause prévue : 5 minutes.
Résultat : séance shopping générale.
Ah… cette activité-là, vous me surprendrez toujours.
Supermarché pour les snacks, au cas où le dîner serait léger jusqu’à Hanoï.
Nous parvenons à l’aéroport en pleine heure de pointe.
J’avais prévu une marge énorme — toujours par bienveillance, pour rassurer… ou peut-être pour m’assurer qu’elles partent 😉
Seize jours à huit.
Tout a été fluide.
Intense.
Profond.
Drôle.
Parfois inconfortable.
Toujours vrai.
Aéroport – sans drame
Nous arrivons largement en avance.
Le check-in est réalisé en dix minutes à peine.
Les cartes SIM sont retirées des smartphones.
Je les accompagne jusqu’aux escaliers du contrôle sécurité.
Un dernier regard.
Des sourires.
Pas de larmes.
Pas de crispation.
Nous avons déjà parlé du prochain voyage :
la République Tchèque, où j’ai également vécu.
Après K Yoga au Laos, ce sera K Yoga à l’Opéra — mon activité préférée lorsque je vivais là-bas.
Autre boucle à créer.
Très vite, dès samedi, je serai à nouveau présent en Zoom pour toutes.
Ce n’est donc pas vraiment un au revoir.
Le Laos a fait son œuvre.
Les sourires sont là.
Les appétits sont revenus.
Les visages sont apaisés.
La communauté reste soudée par le groupe, par vos commentaires.
C’est magique.
Ce carnet se referme.
Mais je sens déjà autre chose naître.
J’ai vécu dans deux pays.
Il est temps d’en découvrir d’autres.
Le fait d’y avoir vécu a été un véritable atout, un argument fort pour les participantes.
Ce voyage s’achève.
Mais un autre commence déjà.
Le voyage vers un autre voyage.
C’est cela, la vie.
Je réalise que j’ai combiné plusieurs passions qui m’animent :
le Laos,
le voyage,
le yoga,
L'humain.
Les ingrédients d’un bonheur qui infuse,
et qui contraste avec ce que je dois vivre en France à travers mes dossiers juridiques.
C’est la vie.
Le yoga est arrivé pour m’aider à traverser ce chemin — tumultueux, réel, exigeant — mais structurant pour l’homme que je suis.
Qu'ont-elles retenu et quelles graines ont été plantées lors de ce stage ? on le verra ensuite ...